Nous sommes cruels [à la manière de Laclos], de Camille de Peretti

noussommescruels

Titre du livre : Nous sommes cruels
Auteur : Camille de Peretti
Genre(s) du roman : Épistolaire, Contemporaine
Editions : Le livre de poche
Année de publication : 2005 (2008 pour le grand format)
Nombre de page : 282

 

L’histoire : Julien et Camille deviennent amis par lettres interposées. Tous les deux fans des Liaisons dangereuses de Laclos, ils décident de calquer leur relation sur celle du Vicomte et de la Marquise de leur livre préféré, avec cela allant, les jeux d’amours, le ton des lettres et la chasse aux trophées. Malheureusement, à l’instar de leur modèle, ce genre de jeu n’est pas sans conséquences…


 

AVIS :

  Voilà un livre qui ne me tentait pas vraiment à la base. Je m’explique. C’était un livre gratuit d’une pratique promotionnelle du genre « 1 livre de poche offert pour 2 achetés ! ». Je me devais donc de choisir ce livre offert et je dois avouer que le choix proposé ne me parlait pas du tout. Finalement, j’ai choisi celui-ci un peu en désespoir de cause, parce que c’était un roman épistolaire et que le titre me laissait présager un peu de cynisme (ce qui est toujours amusant à lire je trouve !). Mais bon, je n’étais toujours pas enthousiaste à l’idée de le lire. Je l’ai ramené chez moi et puis les mois ont passé sans que je ne le lise. Finalement, je l’ai ressorti de l’oubli de ma bibliothèque dans un but essentiellement pratique : le livre que je lisais n’était pas vraiment transportable dans un sac à main ; il me fallait donc un livre pas trop épais que je pouvais facilement lâcher pour me remettre à ma lecture principale. Trois jour plus tard, il était fini, et je dois avouer avoir été agréablement surprise !

  Comme je l’ai dit et répété, ce livre est un roman épistolaire contemporain. On est donc loin des lettres de dix pages de nos vieux classiques épistolaires -cela dit, très bons, et si ce n’est déjà fait, je vous invite à sauter sur les Lettres persanes ou les Liaisons dangereuses, il n’est jamais trop tard ! Ici, les plus longues lettres font quatre pages, et elles sont rares ! Non, on a de simples lettres d’une page ou deux, des textos, des mails, bref, on est à notre époque, et soyons honnêtes, les lettres, de nos jours, ce n’est plus vraiment tendance… C’est pour cela que le style des lettres sont changeantes selon leur auteur -car à l’instar du roman modèle il s’agit d’un livre polyphonique- et il est facile de voir que certains sont plus lyriques que d’autres, que tout le monde ne se prête pas au jeu de la lettre, bref, à travers chaque lettre on devine l’auteur ! Coup de maître donc pour Camille de Peretti qui a réussi l’exploit de donner une voix à tous ces personnages, tout en modulant leurs styles par moments car, chacun le sait, on n’écrit pas pareil à tout le monde !

  Parce que les lettres sont courtes, les expéditeurs et le destinataires changeants, on peut suivre différentes intrigues en même temps. Les amours de Julien, ceux de Camille, ceux de ses amis, les liens d’amitié qui les réunissent – ou pas –, mais aussi leurs études et ambitions, vous trouverez forcément un fil conducteur qui vous intéresse. C’est rocambolesque, fourni et varié, aucune raison donc de s’ennuyer à la lecture de ce livre. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à ce que la ligne directrice des études soit aussi marquée, mais finalement, il s’agit là principalement de lycéens et d’étudiants, et bien évidemment, ils parlent de ce qu’ils font. Anciens – ou actuels – L et littéraires, vous retrouverez certaines lectures de cours, et même ces redoutées versions de latin, mais si vous n’êtes ni l’un ni l’autre, vous vous rappellerez du temps bénit des dissertations en trois parties, parce qu’apparemment, cela a marqué l’auteur (j’avoue que j’appelais cela simplement « dissert’ » de mon temps =D ) ! Bon, tout cela pour dire que la vie lycéenne et estudiantine est plutôt bien retranscrite. Les lettres font vraiment « vrai » !

  Maintenant parlons relations, parce que c’est le centre de ce roman ! Nous n’avons là que des instants de chacune d’entre elles puisque nous avons seulement accès au matériel écrit (mails, notes, mémos, textos et lettres bien sûr ! ). Par moment on ne suit une relation que par chaque allusion qu’il y a dans les lettres des autres, à d’autre il s’agit de la correspondance amoureuse elle-même, agrémentée ou pas de ressentis dans des lettres à des tiers. Et finalement, c’est difficile de savoir si tout est vrai puisque tout a des allures de jeu pour nos épistoliers principaux. S’ajoute à cela le fait que le style des lettres d’amour est souvent très travaillé, et ressemble plus à une façade – romantique ou cynique – qu’à la réalité. Bien évidemment, on ne peut pas s’intéresser de la même manière à chaque relation, et certaines ont beaucoup moins d’intérêts que d’autres, surtout lorsqu’il manque un point de vue pour la comprendre. Par exemple, le petit frère d’une amie envoie des cartes postales à une amie de sa sœur. On a ces cartes postales, les discussions entre les amies pour savoir si oui ou non sortir avec le « petit frère » est envisageable ou non, mais quid du petit frère ou des réponses de celle qui les reçoit ? Finalement, la relation n’est envisagée que d’un point de vue moral, et non véritablement émotionnel. Dommage parce que l’idée des cartes postales était pas mal. Sinon, pour parler des relations plus intéressantes, il y a bien sûr celle ambiguë de Camille et de Julien, tout en apparences et jalousie (un vrai jeu de cache-cache amoureux), celle touchante de Julien et Diane, ou sa précédente – j’avais tendance à préférer les relations de Julien à celles de Camille – ou celle entre Camille et Marie. Pour cette dernière, j’émettrai cependant un petit bémol : son manque de développement en deuxième partie de livre. Sans spoiler, je dirai que nous avons là une relation super fusionnelle qui est brisée à un moment. L’image de l’une est ternie aux yeux de l’autre à cause d’un événement particulier. Nous avons deux trois lettres là-dessus puis quelques mini allusions par-ci par-là, et puis c’est tout. On ne trouve aucune vraie trace d’un changement de relation dans la suite de leur correspondance… Dommage !

  Pour ce qui est des personnages, ils sont tous plus ou moins intéressants. Moins pour certains, car moins développés et seulement de passage (quoique la première proie de Camille est vraiment remarquable). Ils sont loin d’être parfaits et donc très humains. Mais ils ne sont pas tous attachant. Enfin, je crois qu’ils étaient supposés l’être, mais j’avoue avoir eu un gros problème avec le personnage de Camille. Elle m’énervait tellement que j’avais envie de lui donner des claques, de la secouer pour qu’elle descende un peu de ce piédestal sur lequel elle – et le monde en général apparemment parce qu’elle est juste trop géniale – s’est mise. Elle est égoïste, imbue de sa personne et donc, par conséquent, pas franchement sympathique. Je ne dis pas que Julien soit très différent, mais lorsqu’on lit ses lettres il a l’air de prendre un peu plus en considération les sentiments des gens auxquels il tient. Après, quand on se la joue aux Liaisons dangereuses au XXIe siècle (et même au XVIIIe s. cela dit), il est clair que l’on est égoïste et mégalomane. Mais beaucoup de personnages secondaires sont aussi sympathiques à l’instar de Diane, de William ou d’Esther pour ne nommer que ces trois-là. Cependant, le style très « classique » des lettres (certains n’écrivent même qu’en vers ! ) donnent un visage très factice à ces personnages. On a l’impression qu’ils portent tous des masques, et il est donc difficile de les appréhender complètement. Quitte à vouloir réécrire Les Liaisons dangereuses, on aurait pu adapter le style des lettres (hormis celles de Camille et Julien qui semblent vouloir vivre au XVIIIe siècle) à notre parler du XXI: ce n’est pas parce qu’on est littéraire que l’on met du style dans tout ce qu’on écrit…

  Passons maintenant à l’hypertexte ! Pour le jeu et la forme du roman, il est clair que nous ne pouvons pas ne pas parler des Liaisons dangereuses quand il est question de ce livre. Cela fait longtemps que je l’ai lu (et dévoré), je ne me souvenais donc plus de tout à cent pourcents, mais la fin est tellement mémorable que je m’en souvenais clairement. Elle traînait ainsi constamment dans un coin de ma tête, de manière plus ou moins discrète lorsque je lisais ce livre. De plus, les auteurs des lettres eux-même rappellent sans cesse la fin du livre (ou d’autres intrigues de celui-ci), et je déplore que Nous sommes cruels se termine de façon si similaire à celle de son modèle car c’était beaucoup trop annoncé. Il est certain que le livre ne pouvait pas se terminer bien, le point était justement de faire grandir ces gamins arrogants, mais je pense que l’auteure aurait pu s’y prendre d’une manière un petit peu plus subtile, car elle utilise-là les grands sabots et on pouvait la voir arriver de très loin. Cependant, elle reste bonne, c’est seulement qu’elle aurait pu être mieux. Les Liaisons dangereuses est un livre génial que l’on dévore en peu de temps. Camille de Peretti a su très bien l’adapter. Passer en second est souvent difficile. Faute de l’égaler, elle lui rend très bien hommage.

  Ainsi, j’ai été agréablement surprise par cette lecture dont je n’attendais rien à part de me faire passer le temps dans le métro. Facile à lire sans être fade, avec plein d’intrigues, bref, c’est le genre de roman qui se lit tout seul : on tourne une page après l’autre sans voir le temps passer ! Avis aux amateurs de cynisme, de romances et de correspondances !


« Je voudrais que le temps passe très vite et ne jamais grandir. Avoir éternellement dix-sept ans, danser sur « Dancing queen », hurler « only seventeen » toute ma vie en pensant qu’Abba a écrit cette chanson pour moi. Si vous saviez comme j’ai peur de perdre ma jeunesse. Tous mes moments de bonheur sont gâchés à l’idée qu’ils seront source de nostalgie le lendemain. »
« C’est toujours un bonheur de faire tomber les masques et de se rendre
compte que les gens nous préfèrent déguisé. »

15/20
Une très bonne découverte !

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