[Plongée dans l’Espagne franquiste] Los Símbolos, de Fransisco Gonzáles Ledesma

Titre du livre : Los Símbolos

Auteur : Fransisco Gonzáles Ledesma

Genre(s) du roman : Historique, tranche de vie, roman noir

Edition : L’Atalante

Parution originale : 1987 (1999 en France)

Nombre de page : 478

L’histoire : Ce livre suit le destin de deux enfants aux antipodes sociaux, qui se rencontrent par hasard aux enterrements de leurs pères respectifs. Tous les deux devront évoluer dans le dur monde de l’Espagne franquiste.

lossimbolos


AVIS :

  Voilà encore un livre que j’ai eu lors de mon stage en librairie l’an passé. Ma super maîtresse de stage me l’a tendu en me disant « Ça c’est super bien », et je l’avais alors en haut de ma pile de livres à lire. Sachant que les livres super biens qu’elle m’avait conseillés étaient tous super biens, j’avais plutôt hâte de lire ce livre, mais études obligent, je n’ai pu me lancer dans cette lecture qu’au moment des vacances d’été. Sérieusement, pouvais-je ne pas avoir envie de le lire ? Caution d’une autorité, contexte historique qui m’intéresse et auteur que je n’avais jamais lu mais dont je n’avais entendu que du bien. Je signe immédiatement moi ! Et le résultat ? Qu’en ai-je pensé ? Et bien… que du bien ! Pour un avis un peu plus détaillé, je vous invite à lire les lignes qui suivent…

  En ouvrant le livre pour la première fois, je ne savais pas à quoi m’attendre si ce n’est à aimer. L’histoire commençait de manière assez classique, in medias res, et tout semblait indiquer une écriture relativement conventionnelle dans le monde des romans noirs (enfin, pas vraiment conventionnelle si l’on considère que ce livre est sorti en 1987 et est plus le père de ces livres que l’on croise maintenant, mais le lisant à notre époque, le style ne me semblait pas sortir de l’ordinaire). Et puis finalement, il m’a surpris, ce style ! Dérouté au début je dois l’avouer, mais envoûté par la suite. Parce que ce qui fait la particularité de ce livre se résume en deux choses : la narration et le déroulement de l’intrigue. En effet, la narration a son originalité. L’auteur s’amuse à passer d’un point de vue interne à un point de vue externe, par moments il est très extérieur à tout ce qui se passe et ne fait que décrire l’action, à d’autres il entre dans la tête d’un personnage et ne s’attarde que sur ses sensations. Ce yo-yo narratif n’est pas si incongru me direz-vous, mais il pousse ce concept jusqu’à s’adresser lui-même à des personnages ou même au lecteur, gardant sa propre voix ou empruntant celles de ses personnages. Alors, oui, ces changements narratifs peuvent perturber, et parfois j’avais du mal à savoir qui s’adressait à qui ; oui, certains peuvent ne pas accrocher à cette particularité de l’écriture, mais personnellement, passées les premières occurrences, j’ai été charmée par ce procédé. D’une certaine manière, cela implique complètement le lecteur qui devient complice de l’auteur ou des personnages et puis l’écriture est ainsi rendue vivante, vraisemblable, humaine.

  Il y a un autre point à faire remarquer sur la narration mais qui a cette fois-ci plus un rapport avec l’histoire qu’avec l’écriture. Le livre s’étale sur une longue période historique, et l’auteur n’hésite pas à tronquer énormément de moments de la vie de nos personnages. Dans la plupart des livres, ces ellipses concernent des moments peu intéressants de l’histoire ou qui seront racontés par la suite, mais ici la vie des personnages est pleine de trous, même dans ce qui paraît au centre de l’histoire. Finalement le livre est plus un album photo de deux destins qui se croisent que le fil de ces vies. On a comme des photographies d’instants. D’une page à l’autre on passe à différents moments de leurs vies, et on ne peut qu’imaginer ce qui s’est passé dans leurs têtes, à quel point ils ont changé, comment un événement a pu les transformer. Il semble parfois manquer des moments clefs, et souvent on s’attend à ce qu’il se passe quelque chose qui n’aura jamais lieu. Pendant cette lecture, je passais mon temps à me dire « il va se passer ça », « et là, il va apprendre la vérité », bref, à attendre les clichés du genre romanesque (grande révélation, scène de reconnaissance, l’allier impromptu, etc.) et finalement rien de tout cela n’arrive. Alors on est en même temps frustrés et surpris. Finalement, même si on attend ces clichés avec impatience et amusement, ils sont purement romanesques et ce que nous offre l’auteur ressemble plus à un reflet du monde réel. Ainsi les secrets ne sont jamais dévoilés, les personnages se passent souvent à côté sans se voir, mais n’est-ce pas comme cela qu’est fait la vraie vie ? C’est complètement frustrant, je vous l’accorde, mais j’ai trouvé cela très rafraîchissant. J’ai eu beau m’énerver contre le livre de me priver de ces moments tant attendus, je n’ai non plus pas pu m’empêcher d’admirer la maturité et le réalisme du livre.

  Pourtant le livre n’est pas exempts d’événements rocambolesques. En effet, les intrigues se multiplient, se succèdent et s’enchaînent de telle manière que l’on est jamais ennuyés. Le livre mêle avec brio les conflits intergénérationnels et les tensions hommes/femmes, les conflits politiques et industriels, le roman noir et le roman d’apprentissage… Avec un ton cynique et désabusé, l’auteur donne un regard sur une époque changeante, celles des dernières années du franquisme. Les deux personnages vivant dans deux mondes complètement opposés, on a le droit à une vision assez complète de la société, et leurs brèves rencontres sont très intéressantes de ce point de vue là. Le lien entre Marta et Xavier est d’ailleurs très séduisant car à la fois infime et fort. Il est ce genre de lien inexplicable et inexpliqué. Je regrette seulement qu’il soit aussi peu développé. A l’image de leur première rencontre il aurait pu être amplifié, mais la simplicité de leur relation est rafraîchissante dans ce roman très dur.

  Car oui, les personnages s’en prennent plein la tête. Les rapports hommes/femmes sont souvent décrits de manière bestiale -un peu répétitive d’ailleurs, comme si tous les hommes avaient les mêmes fixettes que l’auteur-, les personnages perdus ne trouvent jamais le salut de leur âme, les morts injustes s’enchaînent à une allure impressionnante, les méchantes actions ne sont pas punies par la loi, la loi n’est d’ailleurs pas forcément du bon côté. De toute façon, les premières pages me l’avaient laissé voir : je n’avais pas lu le résumé, mais dès le début, celui que je croyais le héros meurt de façon plutôt expéditive. Bref, on a le miroir d’un monde injuste et dur. Par moments la lecture en devient même assez ardue. On voudrait un peu de répis pour nos personnages parce que ceux-ci sont vraiment sympathiques (ou haïssables ! ).

  Le livre nous offre en effet une très belle palette de personnages. Certains sont sous le feu des projecteurs à l’instar de Marta, Xavier et Laurita, d’autres sont des éclairs qu’on n’observe que le temps d’un chapitre, d’autres encore apparaissent de temps en temps, quand l’envie en prend à l’auteur. Mais peu importe leur temps d’apparition, ils sont tous mémorables et uniques. Même maintenant, deux mois après la lecture de ce livre, je me souviens d’eux et de leurs parcours. Méchants, neutres ou gentils, j’avais envie de savoir ce qu’ils allaient devenir, et cela est l’indicateur d’un bon livre !

  Je pourrai encore en écrire énormément sur ce livre, parce qu’il m’a marqué au point que j’aime en parler, mais ce que j’aurai à ajouter spoilerait l’histoire ou ne rentrerait pas dans mon plan… Je vais donc m’arrêter là. Mais vous l’aurez compris, je vous invite grandement à lire ce livre si vous avez envie de vous prendre une petite claque littéraire. Car voilà un livre qui ne peut laisser indifférent : il nous embarque dans l’histoire par son intrigue, ses personnages et sa narration, il sort des sentiers battus et frustre un lecteur aguerri ! A vous de voir ensuite si cette frustration est compensée ou non par le même plaisir que j’ai eu à le lire.


18/20

Déstabilisant et prenant

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