[Objet graphique non identifié] Les Equinoxes

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Titre du livre : Les Equinoxes

Auteur : Cyril Pedrosa

Genre(s) du roman : Roman graphique, BD

Public visé : Le monde

Edition : Dupuis

Parution originale : 2015

Nombre de page : 330

couverture

De quoi il est question : Le temps de quatre saisons, le livre va suivre la vie de différentes personnes.Un vieil homme, ancien activiste, qui héberge des gens dans sa maison pleine de livres. Un homme logé chez lui qui manifeste contre la construction d’un aéroport en Bretagne. Un père de famille divorcé, un peu perdu dans sa vie, qui a du mal à dialoguer avec sa fille de 15 ans. Cette même fille se découvrant une passion pour la peinture. Une femme de trente ans qui refuse de s’impliquer avec les gens et prend à la place des photos d’inconnus. Un homme préhistorique qui court après une « tribu » à laquelle appartenir. Ils n’ont pas tant de choses que cela en commun, mis à part une solitude que tout le monde ressent un jour ou l’autre.


AVIS :

Je suis tombée amoureuse de ce livre en le croisant par hasard dans une librairie. En me voyant le feuilleter, la libraire m’a fendu le cœur en me disant que c’était leur coup de cœur de l’année, LA bd à acheter / offrir, ou au moins lire, que c’était une petite merveille, etc. Et moi à me lamenter parce que j’avais beau vouloir la lire, ça n’entrait pas dans mon budget. Mais je suis une petite maligne, et je suis persistante, et j’ai sauté sur l’occasion de Noël, un mois plus tard, pour me l’offrir. Du coup je me devais de ne l’ouvrir que le 25 décembre, et ça a été un calvaire d’attendre les deux mois qui me séparaient de ce jour béni. Parce que oui, j’anticipe moi – ou je suis très douée pour m’inventer des excuses bidons pour m’offrir des livres, à vous de voir. Et donc, à Noël, je tombe par hasard sur ce cadeau sous mon sapin. Quelqu’un devait vraiment bien me connaître. Il ne manquait plus qu’à le dévorer, avec la crainte tout de même d’être déçue après ces mois d’attente. Verdict ? Ce livre est une petite merveille et je m’en vais de ce pas essayer de vous convaincre de le lire.

Ce livre est tout bonnement magnifique. Tant sur le fond que sur la forme, mais parlons d’abord de la forme. Parce qu’il faut bien commencer quelque part, et que c’est ce qui m’avait charmé en premier lieu. Nous avons affaire à un vrai exercice de style puisque le style des illustrations change à chaque saison, et rend parfaitement bien l’ambiance propre à chacune. La différence graphique est également utilisée pour séparer les deux époques de l’histoire : le présent, qui représente la majorité du livre, et les temps préhistoriques qui introduisent par des scénettes muettes chaque nouvelle saison. Plusieurs planches se terminent par la prise d’une photo d’une personne et un texte traduisant les pensées celle-ci – et parfois celles de la photographe. Pour ces instants dans l’intime, le style graphique change encore une fois pour un rendu crayonné plus brouillon, sombre, qui est en parfaite adéquation avec les tourbillons maussades des pensées des personnes prises sur le vif. Cela donne une identité très forte au livre et rend la lecture plus qu’agréable. Je ne sais pas le nombre de fois où je me suis arrêtée dans ma lecture pour admirer la page, où je suis revenue en arrière pour profiter encore un peu d’une impression, et où j’ai rouvert le livre en pleine discussion avec des gens parce qu’il était simplement là et que l’envie m’en prenait.

Pendant toute la lecture, on navigue entre impressions visuelles et inspection de la pensée intime, planches uniquement dessinées, bandes dessinées classiques et texte noir. Ces mélanges font de cette bande dessinée une expérience humaine intense. Les personnages et les dialogues sonnent justes : on a affaire à des gens imparfaits, mais attachants. On peut parfaitement se reconnaître dans leur manière de ne pas savoir où ils en sont, dans leurs problèmes de communication, leurs difficultés à se lier aux autres. Pourtant ce livre n’est pas déprimant, notamment grâce à la chaleur des dessins.

Il n’y a pas d’histoire à proprement parler, simplement des trajets de vie de personnes plus ou moins liées. Certains personnages sont de simples figurants limités à une ou deux apparitions, d’autres sont là chaque saison, toujours les mêmes, et pourtant évoluant avec celles-ci. J’ai apprécié suivre chaque histoire, mais j’ai peut-être une préférence pour celle de l’orthodontiste divorcé, pourtant pas particulièrement sympathique au premier abord, et celle de l’homme préhistorique. Pour la première, je ne sais vraiment pas ce qui m’a le plus plu dedans. Est-ce le fait que le mec s’ennuie clairement dans sa vie, ne fait pas vraiment d’effort pour arranger cela mais remarque tout de même ce qui coince ? Est-ce sa manière de s’intéresser à la musique et à de vieilles photos alors qu’il peut être exécrable avec les gens ? Est-ce sa maladresse avec sa fille ? Peut-être un peu de tout cela mais le résultat est qu’il m’a énormément touchée. Et pour ce qui est de l’homme préhistorique, je crois que, superficielle comme je suis, le visuel de ses moments sont à prendre en compte dans mon amour pour ce personnage. Et aussi sa solitude, son envie irrépressible de croiser d’autres hommes. Je voulais vraiment qu’il arrive enfin à rencontrer quelqu’un !

Mais ce qui est le plus important n’est pas une histoire ou l’autre, c’est l’ambiance douce amère du roman lui-même nous plonge dans un cocon protecteur le temps de la lecture. On sent le temps qui passe, les malaises, les non dits, les interrogations, mais aussi les joies, les petits bonheurs inattendus, les instants de connivence, les rires, les rencontres… Souvent je me suis retrouvée dans une situation, et j’avais l’impression d’entendre le livre me dire, « c’est normal, tu n’es pas seule ». Je pense sincèrement que ce livre à cette faculté à raisonner avec chacun d’entre nous : il est le portrait des individus lambdas, ceux qui sont paumés, en attente de quelque chose sans trop savoir quoi, perdus dans la foule ou dans leur vie…

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Non, franchement, il n’y a pas à dire, Les équinoxes est une petite merveille que je ne peux que vous encourager à lire, particulièrement en ces jours gris pluvieux. Avec une tasse de thé chaud, assis sur le canapé, le charme ne peut qu’opérer ! Il réunit trois qualités qui m’ont charmée : une originalité graphique qui en met plein la vue, une ambiance douce amère envoûtante, et une narration foncièrement humaine. Pour ma part, je mets déjà de côté pour Portugal, autre livre de l’auteur qui avait déjà été encensé par la critique.


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20/20

Envoûtant

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