L’Écho des cavernes, ou comment l’homme de cro-magnon a inventé la grammaire [histoire plus ou moins basée sur des faits réels]

Titre du livre : L’Écho des cavernes, ou comment l’homme de cro-magnon a inventé le langage

Auteur : Pierre Davi

Genre(s) du roman : Humour

Public visé : Les jeunes qui aiment le français, les jeunes qui ont du mal avec le français, et tout ceux qui ont envie de s’amuser.

Édition : Syros

Année de parution : 2002 (2009 pour la présente édition)

Nombre de pages : 199

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De quoi il est question : Un jour, Sapiens prend conscience de la limitation du « wroumpf », surtout en stratégie militaire. Mais Sapiens n’aime pas rester sur un échec et, surtout, c’est un penseur. Qu’à cela ne tienne, Sapiens est ambitieux : il inventera le langage. Une de ses premières décisions ? Se nommer Adam. Le reste viendra après.


AVIS :

Il y a certains livres que l’on choisis pour leur couverture, d’autres pour leur auteur, d’autres pour leur sujet, et d’autres pour leur titre. L’Écho des cavernes fait clairement partie de la dernière catégorie. Enfin, je l’ai choisi pour son sous-titre : ou comment l’homme de cro-magnon a inventé la grammaire. Intriguée, je me suis penchée sur ce livre et quand je me suis rendu compte que ce livre retracerait l’évolution de la langue, du « wroumpf » au subjonctif, je n’ai pas pu résister ! Sérieusement :

Homme de cro-magnon + wroumpf + histoire de la langue = banco !

En une après-midi, j’avais fini de le lire et eu droit à plusieurs crises de fou rire. Ce fut un véritable coup de cœur, auquel je ne m’attendais pas. Alors, forcément, je veux le partager !

Autant vous le dire tout de suite, ce cours d’histoire est un véritable capharnaüm. Historiquement, presque rien n’est bon. Mais dans cette nouvelle édition, on est prévenus dès la préface :

« Qu’est-ce que c’est que ce sapiens de 400 000 ans au pire, qui n’est pas fichu d’articuler d’autres mots que « wroumpf » et qui se pique d’inventer le langage qui en accuse 2 000 000 au moins, au coin d’un premier feu qui en a 500 000 s’il est maîtrisé, et on apprendra plus tard qu’il ne l’est même pas ! […] Du côté du temps donc, c’était sans espoir. »

Les anachronismes sont donc légion, pour notre plus grand plaisir. Ce livre se situe peut-être il y a 400 000, 2 000 000 ou 500 000 ans, ce n’est pas pour autant qu’il ne parle pas aux lecteurs d’aujourd’hui. Ainsi, lors d’un cours sur les adjectifs possessifs, il est question de la propriété :

« En fait, le piège était inévitable. Réfléchissez ! Dans un premier temps, on décide de déterminer les noms. “Dent” devient “une-dent”, “cette-dent”, “trois-dents”, “les-dents”. Bien. Après coup, on découvre les pronoms personnels “moi”, “toi”, “elle et lui”, il n’y a plus à réfléchir. “La dent à moi”, qui à la rigueur est acceptable pour une dent de lait, cède vite le pas, dès la première carie, à “Oh-mes-dents !”. “Les-petits –pieds-à-toi”, c’est charmant dans la bouche d’une mère, mais il faudra bien en venir à “Oh-la-la-tes-pieds !”. On ne pouvait donc pas se passer bien longtemps de l’adjectif possessif mais, du même coup, on réveilla un monstre endormi : le sens de la propriété. Et la propriété c’est… On ne savait pas encore ce que c’était, mais cela devint immédiatement une source d’ennuis. »

Adam a même des assauts de révolte politique, un peu trop tôt certes, mais la germe révolutionnaire est bien présente :

« Il brandit son poing et hurla :
— Fascite !
Ce qui n’eut aucun effet sur les populations. »

Les réalités historiques et actuelles sont plus ou moins traitées (surtout moins que plus), mais quand elles le sont, c’est toujours avec humour.

Cependant, qu’a-t-on à faire de l’historicité de ce livre ? C’est de grammaire que ce livre est supposé parler. En effet, et il le fait avec brio. Bon, on est loin du cours magistral d’histoire de la langue ou de linguistique historique comparée. Mieux, on est là devant un livre intelligent qui explique les bases de la langue française de manière ludique, claire et succincte.

N’importe qui peut lire ce livre et s’amuser, voire s’éclater, avec la grammaire revue par Pierre Davy. Premièrement, ce dernier écrit bien, très bien même. C’est simple, au moment de chercher les citations à vous présenter, il y avait tellement de phrases-paragraphes qui me plaisaient que j’aurai pu réécrire le livre dans son intégralité ! L’Écho des cavernes se consomme comme une gourmandise pétillante qui, en prime, soigne les maux de dents. On prend plaisir à le dévorer, et mine de rien, on apprend deux, trois petites choses – ou on se remet bien en tête ce qu’on savait déjà.

Mieux qu’un cours, c’est une véritable histoire puisque l’on suit la vie de Sapiens-Adam, ses problèmes conjugaux – en même temps, qu’elle idée de batifoler avec Cousine ! –, l’évolution du village, les naissances et les décès, les visites de clans voisins, etc. On suit des personnages qui nous sont tout de suite sympathiques, tels que le Peintre, le Sorcier ou Matheu, mais aussi Adam et Ève, bien sûr, Cousine, Phacochère et Phacochère II, etc. Et parce qu’on s’y attache, ils rendent la création du langage d’autant plus réelle et palpable. Qui peut ne pas succomber aux charmes d’un cours de grammaire à la sauce Plus Belle la Vie, je vous le demande !

« Dès le départ, il avait été évident qu’il y avait trois personnes en cause : Ève, Adam et Cousine.
Mais au fil du discours la dénomination avait évolué. Parlant d’elle-même, Ève se frappait la poitrine en utilisant un “moi-je” outragé, puis elle lui plantait son index dans l’estomac d’Adam en l’interpellant d’un “toi-tu” accusateur, et pour évoquer la péronnelle qui avait évidemment disparu, la jeune femme
se contentait d’un “elle” nettement dépréciatif.
“Moi-je”, “toi-tu”, “elle”, pas de doute, tout le monde y était, la première, la deuxième et la troisième personne. Ébahi par cette trouvaille pronominale, Sapiens ne prêtait pratiquement pas d’attention au fond du sujet qui pourtant ne manquait pas d’intérêt : “moi-je aimer toi, toi-tu tromper moi avec elle,
elle petite conne.” »

Ou encore (pour en revenir aux dérives de l’adjectif possessif, ou à la cabale d’Ève contre la pauvre Cousine) :

« Il fut lui-même pris de court par le succès que rencontra l’adjectif possessif. Tout particulier celui de la première personne. […] Le Sorcier décréta que désormais toute interpellation à lui adressée serait précédée de “Mon-seigneur”. Le Peintre ne désigna ses dessins que sous le terme global de “mon-œuvre”.  Ève, quant à elle, frotta son nez contre celui d’Adam, en susurrant : “mon-chéri”.
En contrepartie, elle ne désigna plus Cousine que sous l’appellation contestable de “ta-pouffe”.

Après une telle démonstration des facultés linguistique, je perds mes mots. Je vais donc terminer ici ma présentation de L’Écho des cavernes en concluant synthétiquement comme Matheu pourrait le faire. Pourquoi vous conseiller de lire ce livre ? Parce qu’il est original, drôle, intelligent et ludique. À vous de voir si je vous ai donné ou non envie de le lire, mais une chose est certaine, moi, je le relirai à coup sûr ! C’est un livre comme on en trouve peu sur le sujet, surtout en jeunesse, et je ne peux que vous inciter à le découvrir.


20/20

Drôlement intelligent

La Terrifiante Histoire et le Sanglant Destin de Hansel & Gretel [ou tout ce que vous ont toujours caché – ou pas – les frères Grimm]

Titre du livre : La Terrifiante Histoire et le Sanglant Destin de Hansel & Gretel

Titre VO : A Tale Dark & Grimm, book 1

Auteur : Adam Gidwitz

Traductrice : Alice Delarbre

Genre(s) du roman : Contes

Public visé : Les jeunes et les moins jeunes – âmes sensibles s’abstenir…

Édition : Hachette Romans

Parution originale : 2014 (2010 pour la version originale)

Nombre de page : 248

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De quoi il est question : De la véritable histoire de Hansel et Gretel. Pas la version toute gentille que vous racontait votre mère-grand, votre mère-tout-court ou votre mère-non-pas-mais-soeur-adorée-oui, non, la vraie de vraie, celle que l’on vous a cachée par peur que vous fassiez des cauchemars, celle sanguinolente à souhaite et floupouillante comme pas deux qui vous fait craindre votre propre ombre. Vous voyez ? Oui, celle-là, exactement. Comment ça vous ne voulez pas la lire ?! Petites natures…


AVIS :

J’ai un aveu à faire, j’aime les contes de fées. Voilà, c’est dit. Pourtant, cette version des contes des frères Grimm m’était complètement inconnue avant qu’une de mes collègues, voulant de toute évidence, soit m’instruire et m’élever l’esprit, soit m’empêcher de dormir le soir, m’ait fourgué ce livre entre mes mains et obligé de le lire. Je l’en remercie d’ailleurs, rien ne vaut mieux qu’une bonne nuit blanche, un bon livre de contes entre les mains.

Car oui, je le confesse, j’ai adoré voir Hansel et Gretel souffrir. Mais comme je suis, en plus, sadique, j’ai aussi regretté qu’ils ne soient pas un peu plus malmenés. Avant de me jeter la pierre, de me traiter de sans cœur, laissez-moi expliquer le pourquoi du parce que. Après seulement, vous pourrez me lapider. Je suis, de toute façon, protégée par un écran bien solide (enfin… j’espère).

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Donc parlons de La Terrifiante Histoire et le Sanglant Destin de Hansel & Gretel, qui est un titre bien trop long à écrire. Il s’agit, bien sûr vous l’aurez compris, d’une réécriture de certains contes des frères Grimm, mais avec cette particularité que Hansel et Gretel sont les héros de tous les contes. Car leur histoire ne commence pas avec leur destruction de la maison d’une brave boulangère (certes, cannibale, certes), et ne s’arrête pas après le meurtre abominable d’une vieille dame ayant pris soin d’eux. Non, ça on l’a tous lu ou entendu : « Voilà un petit conte bien ficelé. Le crime dans l’histoire, oui, le crime, c’est que ce soit la seule partie connue de l’histoire de Hansel et Gretel. » Comme vous pouvez en témoigner, Adam Gidwitz ne veut pas s’arrêter à cette facilité. Il a donc choisi neuf contes qu’il a lié grâce à ses personnages. Les neuf contes racontés dans ce livre ne sont en fait qu’une seule histoire, celle d’un frère une sœur à la recherche de parents aimantspas de ceux qui leur coupent la tête pour sauver un certain Jean (peut-être fidèle, mais ce n’est vraiment pas une raison). Alors que les contes se lisent souvent de manière fractionnée (un conte par soir, pour faire durer le plaisir), celui-ci se lit d’une traite car à chaque fin, à chaque moment de répit, l’auteur nous annonce un fatidique et jouissif « Fin. Pas tout à fait… ». Et c’est super, parce qu’on en redemande toujours ! Enfin, super pour le lecteur, pas pour Hansel et Gretel. Parce que déjà dans le conte que tout le monde connaît ils s’en prennent plein la tête mais dans cette histoire ils la perdent, leur tête. Le doigt aussi d’ailleurs. Ils se perdent, se font tirer dessus, l’un va en Enfer, l’autre chez un meurtrier, ils combattent un terrible et féroce dragon… Et pire, ils doivent survivre à un face-à-face avec les parents qui leur ont coupé la tête ! Tout un programme donc ; on n’a pas le temps de s’ennuyer.

De plus, parce qu’ils évoluent à chaque nouvelle aventure, Hansel et Gretel deviennent bien plus attachants que les personnages « figés » des contes. Par exemple, ils avaient peur de la boulangère cannibale, mais après avoir survécu à un meurtrier et au Diable, ils se sentent les épaules pour vaincre un dragon. Et quand ils se retrouvent face à la lune pour la seconde fois, ils pensent à décamper direct (en même temps, je les comprends : une lune mangeuse d’enfants).

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Cela dit, ce que j’ai vraiment adoré, ce sont les remarques du narrateur conteur qui nous renvoient directement dans la tradition orale des contes, mais aussi à notre propre expérience de lecteur. Combien de fois n’avons-nous pas voulu secouer les personnages : « Mais on te dit que c’est dangereux : n’y va pas ! », « Tu n’as pas appris la leçon depuis la dernière fois ? », « Il est trop parfait pour être vrai, fuit, pauvre fille ! », etc. L’auteur s’amuse avec cela, donnant toute son originalité au livre. Je regrette cependant certains de ses apartés qui rompent le rythme du récit. Mais la plupart du temps, j’ai accueilli ses interruptions avec plaisir.

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Par contre, je suis déçue parce que, finalement, ces contes n’étaient pas si noirs que cela, pas si terrifiants. Je pense que connaître les histoires à l’avance m’a desservie : je n’ai pas trouvé ces « vrais » contes plus sanglants que ceux que les versions que j’avais pu lire. Je m’attendais, à cause de la couverture et du discours du narrateur, à quelque chose de beaucoup plus violent et sanglant, et sur ce point, je reste sur ma faim. Surtout que les illustrations sont un peu too much en horreur. Les pages dégoulinent de sang, les couleurs sont noir, rouge blanc. Bref, les illustrations crient « regardez, nous sommes terrifiantes », et comme le livre ne l’est pas tant finalement, cela agrandit le gouffre entre ce qui aurait pu être et ce qui est.

Enfin, j’ai quand même beaucoup apprécié cette lecture et j’encourage tous les amoureux des contes à lire ce livre : la parole du narrateur et le lien créé par les personnages de Hansel et Gretel valent vraiment le coup !


14/20

Un peu de violence dans ce monde de Bisounours, ça fait toujours plaisir, non ?

Un océan d’amour [de crêpes et de sardines… à l’huile]

Titre du livre : Un océan d’amour

Auteur : Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione

Genre(s) du roman : BD

Public visé : Les amoureux de la mer

Edition : Delcourt/Mirages

Parution originale : 2014

Nombre de page : 224

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La présentation officielle (la précision littéraire, il n’y a que ça !) : Ce livre ne contient que des idées pêchées au grand large par Wilfrid Lupano, selon des techniques artisanales respectueuses de l’environnement culturel, et les mises en boîtes à la sardinerie graphique Panaccione, Milan, Italie (Union européenne).

Ingrédients : océan (eau, sel, détritus), amour (eau de rose, baisers, mariage), sardines, mouettes, crêpes, homard, Bigoudènes endeuillées, sauce (aventure, suspense, second degré, drame sentimental, rebondissements absurdes, gags désopilants), Che Guevara (0,5 %), arôme artificiel de Vierge Marie.

Garanti sans dauphins, sans textes ni onomatopées.
Peut contenir des traces de pictogrammes.

A consommer de préférence avant que l’océan ne fasse plus rêver.

Valeurs nutritionnelles pour 100 grammes
Valeur énergétique : plein.
Protéines (naufrages, tempêtes, action, poésie, voyages) 65 g
Glucides (paysages sublimes, mélodrame sirupeux) 35 g
Lipides (humour gras, moralisme) 0 g

De quoi il est question : L’histoire déchirante (et amusante), d’un marin perdu en mer et de sa Bigoudène de femme lancée à sa recherche. Et d’une mouette aussi, parce que les mouettes, c’est cool.


AVIS :

Ce livre là me fait du gringue depuis le festival de B.D. d’Angoulême de l’année dernière, d’autant plus que mon libraire préféré m’en a refait l’éloge à la rentrée, me le rappelant à mon souvenir. J’ai donc été plus que ravie quand je me le suis vu offert par un ami. Le soir même, je me plongeai dedans, et j’ai aimé. Beaucoup aimé.

Il faut tout de suite préciser un détail sur ce livre : il n’y a aucune parole. Deux trois mots écrits sur une feuille dessinée, quelques rares onomatopées par-ci par-là, et les noms des bateaux, et c’est tout ! Ce qu’on lit le plus, c’est « sardines à l’huile délicieuses », et c’est amusant parce qu’à la fin, comme le personnage principal, on ne peut plus les voir, ces boîtes de sardines. Tout l’intérêt du livre est donc dans l’illustration, et je ne peux que féliciter le dessinateur qui a su me faire éclater de rire, me serrer le cœur, et m’empêcher de fermer le livre avant de l’avoir fini. Il m’a complètement embarqué dans son univers.

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Les dessins peuvent paraître simples, mais il ne faut pas se fier aux apparences. Les personnages, bien que mignons, adorables et trognons, ont tout un panel d’émotions sur leur visage. On ressent le désespoir du marin perdu en mer, sa haine des boîtes de sardines, la tristesse de la Bigoudène qui ne revoit pas venir son mari, sa détermination à le retrouver, et bien sûr, sa bonne humeur. Ils en deviennent super attachants, et dès les premières pages, on souhaite qu’ils s’en sortent avec un happy end. Et à côté des personnages, il y a des paysages aux ambiances très fortes. La mer de détritus nous prend aux tripes, les tempêtes nous glacent le sang, la côte bretonne nous émeut. Il y a beaucoup de bonnes trouvailles graphiques, comme la manière d’introduire les flashbacks. Le présent et le passé se superposent le temps d’une vignette, et des tons différents (à l’image des photographies sépia) sont utilisés le temps du souvenir. Visuellement, c’est un vrai régal !

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À cela s’ajoute un scénario rondement bien mené ! Les péripéties s’enchaînent au bon rythme : la routine, la tempête, élément perturbateur, et le chemin des deux personnages pour retrouver leur moitié perdue. Pas moyen de s’ennuyer, même sans paroles. L’histoire est triste et aborde des sujets assez lourds comme la difficulté pour un pêcheur de rivaliser avec les cargos-pêcheurs, les pirates, la pollution de la mer, et la dictature, mais même si cela serre le cœur, le livre ne se départ jamais de sa dose d’humour. Vous allez découvrir avec ce livre un moyen efficace pour se libérer lorsqu’on est enchaîné en pleine mer, l’art de divination à la mode bretonne, les talents du Bigoudène superstar, et l’histoire d’amitié touchante entre une mouette et un pêcheur.

Bref, vous l’aurez compris, ce livre a été pour moi un véritable coup de cœur. Beau, doux, amusant et touchant, j’ai eu tout ce que j’attendais, et plus, avec ce livre. Les personnages sont attachants, l’histoire est super intéressante, les dessins sont jolis, et tout ce beau paquet-là est enveloppé dans une couche d’humour.. Je ne vois pas comment ne pas comment ne pas vous poussez à vous à le dévorer. Attention tout de même à ne pas le lire en public : éclater de rire, seul, dans la rue, avec un bouquin entre les mains, ça ne passe pas partout !

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20/20

Un bijou de tendresse visuelle !

Nos [éphémères] jours heureux

Titre du livre : Nos jours heureux

Auteur : Gong Ji-Young

Genre(s) du roman : Contemporain

Public visé : Adultes

Edition : Picquier

Parution originale : 2005 (2015 pour le format poche)

Nombre de page : 357

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De quoi il est question : Yu-jeong a le cœur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant… Au fil de leurs rencontres, ils vont se raconter avec sincérité leurs « vraies histoires », affronter les ténèbres et découvrir les lumières éblouissantes au sein de ces ténèbres, réparer leurs âmes meurtries.


AVIS :

Nos jours heureux et moi, c’est une longue histoire. Tout d’abord, celle d’un film : Maundy Thursday, choisi pour une affiche très douce, et moi pleurant comme une madeleine à la fin du film. J’avais pas prévu ça, moi, je ne savais même pas qu’il serait question de la peine de mort en lançant le film. Et puis trois ans plus tard, je flache sur une couverture. Je lis le résumé et ne peux que me rendre à l’évidence : c’est la même histoire. J’ai très envie de l’acheter, mais ai un peu peur d’être déçue. Pendant un an je guette sa sortie en livre de poche, et en janvier dernier PAF ! Je tombe dessus dans un magasin. Forcément, je l’achète, et me jette dessus, pleine d’appréhension et d’attentes. Deux jours plus tard je suis en larmes sur mon lit : j’ai fini le livre. Il ne m’a pas déçue, loin de là…

Une des choses qui me faisaient un peu peur avant d’ouvrir le livre, c’était l’écriture et le style. Je n’avais rien contre l’auteure, loin de là – je ne la connais ni d’Ève, ni d’Adam – mais j’avais déjà été déçue par une traduction d’un livre chez Picquier : la langue sonnait faux. Dès les premières pages, mes réticences se sont envolées, Choi Kyung-ran et Isabelle Boubon ont fait un excellent travail avec ce livre.

Nous avons droit à deux récits : celui de Yu-jeong et celui de Yun-su, le condamné. Les deux sont à la première personne. Le premier suit les pensées de Yu-jeong, qui raconte ses rencontres avec Yun-soo et ce que leurs discussions provoquent chez elle, en questionnements et émotions. Le deuxième est le récit écrit de Yun-soo, de son enfance à sa condamnation. Les deux narrations s’alternent parfaitement. Les confidences de Yun-soo résonnent dans les non-dits de leurs rencontres, permettent à humaniser la « bête » que pense rencontrer Yu-jeong au début, et les parallèles se font rapidement entre ces deux êtres que tout semble opposer. Mais plus qu’une bonne construction narrative, c’est le ton bien distinct des deux récits qui réussi à donner des identités aux deux narrateurs. Le sarcasme que Yu-jeong utilise pour se protéger et la sécheresse du ton de Yun-soo dévoilent deux personnages blessés au plus profond d’eux-mêmes, foncièrement humains alors que hors du monde. Deux voix super attachantes qui rendent la lecture facile et agréable malgré un thème aussi dur que celui-ci. Les pensées des personnages sont très bien mises en évidence, de même que l’ironie, l’indignation, le sarcasme ressortent sans être forcés.

Le thème principal du livre est, bien sûr, la peine de mort. Au moment où le livre est sorti, les exécutions avaient repris de manière accélérée en Corée du Sud (suite à un meurtre particulièrement cruel) après une trêve de plusieurs années. Il est difficile de juger de l’impact qu’à pu avoir ce livre dans un pays où la peine de mort est encore de mise, mais la France est souvent citée dans le livre comme point de repère et l’on a droit à de nombreuses citations de Français ayant milité contre celle-ci, tels que notre Hugo national.

J’ai beaucoup aimé la manière dont est traité ce sujet. Le personnage de Yu-jeong est clairement là comme point de repère : elle voit d’abord le Yusun comme un monstre qui mérite le mépris et la mort, puis se met à voir l’humain qu’il est, et, sans pardonner ce qu’il a fait, l’apprécier lui-même pour ce qu’il lui montre. D’ailleurs, ils ne parlent quasiment jamais de ce qui les a amené là tous les deux. Ils se racontent des « vraies » histoires, les leurs, et pour eux, ils ne se résument pas à des tentatives de suicide ou à un triple meurtre. Ils se dévoilent petit à petit, s’apprivoisent et cela pousse Yu-jeong – et le lecteur – à se questionner sur la condamnation de Yun-soo. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est que ce questionnement ne se limite pas à celui d’une « amie » du condamné. On voit également évoluer la relation gardien/prisonnier —nous permettant d’apercevoir la vie d’un homme passant son temps à accompagner des gens vers la mort, voir à la donner —, l’effort de la mère d’une victime pour pardonner le meurtrier de son enfant, le point de vue d’un juge, l’indifférence d’autres personnes, etc. La construction narrative permet la multiplication des points de vue : point de vue tranchant de Yu-jeong, celui appelant au pardon de sœur Monica, celui du coupable et citations contre la peine de mort. Et c’est bien.

La question est d’ailleurs moins de savoir si la peine de mort est mal ou bien, mais de savoir si elle est utile, de comprendre pourquoi des êtres humains sont amenés à tuer des gens. En quoi la peine capitale est-elle différente d’un meurtre perpétré par vengeance ? Naît-on monstre ou le devient-on ? Vastes questions maintes fois traitées, mais toujours très intéressantes à explorer. Pour cela, le parcours relaté de Yun-soo est un magnifique exemple. D’autant que l’auteur ne cherche pas à juger ou pardonner des actes infâmes mais à les comprendre, et c’est clairement ce qui fait la force de ce livre.

Cela ne fonctionnerait pas sans d’excellents personnages. Ils sont là : Yu-jeong et Yun-soo. Deux personnages en écho. « On est pareils » pense Yu-jeong, et elle à raison. Tous les deux sont victimes et coupables — à des échelles très différentes, certes. À travers leurs entretiens, ils vont tous les deux se rouvrir aux autres, en acceptant ce que l’autre a à leur offrir, ils vont se reconstruire eux-mêmes, se pardonner et enfin aller de l’avant. Nous avons là deux vies brisées qui s’apprivoisent doucement, et c’est magique à suivre. Il est très dur de parler de ces deux êtres sans spoiler le roman, donc je ne vais pas m’étendre, mais ils sont tous les deux touchants, complètement humains. Ils se livrent très peu, leurs « histoires vraies » sont dispensées avec parcimonie, mais elles construisent des personnages de roman qui font vrais, qui touchent le lecteur. Ce n’est pas pour rien que j’étais en pleurs à la fin de ma lecture !

À travers cette relation, mais surtout avec le personnage de sœur Monica, le livre traite les thèmes du pardon, de la pénitence, et de la croyance. Honnêtement, j’avais très peur au début de tomber sur un discours pro-chrétien, d’autant plus que la question de la foi est beaucoup plus présente dans le livre que le film. Mais heureusement, elle n’est jamais prêchée. Il est plus question de choix, de soutient et la question de la croyance est finalement assez secondaire. Elle permet de soutenir une réflexion sur la peine de mort, c’est tout. A leur première rencontre, Yun-soo dit à sœur Monica qu’il ne s’ « intéresse » à Dieu que parce que cela lui permet d’avoir des visites. Ce à quoi elle lui répond que cela n’a aucun intérêt, l’important est qu’il aille vers les autres et qu’il accepte enfin de lui parler. Je trouve que cela résume parfaitement le traitement de la religion dans ce livre.

Je vais peut-être m’arrêter là. J’ai énormément de choses à dire sur ce livre qui aborde de nombreux sujets, mais finalement je pense pouvoir le résumer à cela : ce livre est un hymne à la vie et au pardon. Il apporte des réflexions très intéressantes sur le sujet de la peine de mort, mais est surtout hyper touchant, grâce à la relation subtile entre Yu-jeong et Yun-soo, à leurs histoires magnifiques. Ce livre m’a peut-être laissée au tapis émotionnellement, épuisée après avoir versé toutes les larmes de mon corps, mais le souvenir que j’en garde est celui d’un doux réconfort réciproque. Je ne peux clairement que vous conseiller de vous jeter dessus. Avec une boîte de mouchoirs à portée de main !.


20/20

Bouleversant

[Objet graphique non identifié] Les Equinoxes

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Titre du livre : Les Equinoxes

Auteur : Cyril Pedrosa

Genre(s) du roman : Roman graphique, BD

Public visé : Le monde

Edition : Dupuis

Parution originale : 2015

Nombre de page : 330

couverture

De quoi il est question : Le temps de quatre saisons, le livre va suivre la vie de différentes personnes.Un vieil homme, ancien activiste, qui héberge des gens dans sa maison pleine de livres. Un homme logé chez lui qui manifeste contre la construction d’un aéroport en Bretagne. Un père de famille divorcé, un peu perdu dans sa vie, qui a du mal à dialoguer avec sa fille de 15 ans. Cette même fille se découvrant une passion pour la peinture. Une femme de trente ans qui refuse de s’impliquer avec les gens et prend à la place des photos d’inconnus. Un homme préhistorique qui court après une « tribu » à laquelle appartenir. Ils n’ont pas tant de choses que cela en commun, mis à part une solitude que tout le monde ressent un jour ou l’autre.


AVIS :

Je suis tombée amoureuse de ce livre en le croisant par hasard dans une librairie. En me voyant le feuilleter, la libraire m’a fendu le cœur en me disant que c’était leur coup de cœur de l’année, LA bd à acheter / offrir, ou au moins lire, que c’était une petite merveille, etc. Et moi à me lamenter parce que j’avais beau vouloir la lire, ça n’entrait pas dans mon budget. Mais je suis une petite maligne, et je suis persistante, et j’ai sauté sur l’occasion de Noël, un mois plus tard, pour me l’offrir. Du coup je me devais de ne l’ouvrir que le 25 décembre, et ça a été un calvaire d’attendre les deux mois qui me séparaient de ce jour béni. Parce que oui, j’anticipe moi – ou je suis très douée pour m’inventer des excuses bidons pour m’offrir des livres, à vous de voir. Et donc, à Noël, je tombe par hasard sur ce cadeau sous mon sapin. Quelqu’un devait vraiment bien me connaître. Il ne manquait plus qu’à le dévorer, avec la crainte tout de même d’être déçue après ces mois d’attente. Verdict ? Ce livre est une petite merveille et je m’en vais de ce pas essayer de vous convaincre de le lire.

Ce livre est tout bonnement magnifique. Tant sur le fond que sur la forme, mais parlons d’abord de la forme. Parce qu’il faut bien commencer quelque part, et que c’est ce qui m’avait charmé en premier lieu. Nous avons affaire à un vrai exercice de style puisque le style des illustrations change à chaque saison, et rend parfaitement bien l’ambiance propre à chacune. La différence graphique est également utilisée pour séparer les deux époques de l’histoire : le présent, qui représente la majorité du livre, et les temps préhistoriques qui introduisent par des scénettes muettes chaque nouvelle saison. Plusieurs planches se terminent par la prise d’une photo d’une personne et un texte traduisant les pensées celle-ci – et parfois celles de la photographe. Pour ces instants dans l’intime, le style graphique change encore une fois pour un rendu crayonné plus brouillon, sombre, qui est en parfaite adéquation avec les tourbillons maussades des pensées des personnes prises sur le vif. Cela donne une identité très forte au livre et rend la lecture plus qu’agréable. Je ne sais pas le nombre de fois où je me suis arrêtée dans ma lecture pour admirer la page, où je suis revenue en arrière pour profiter encore un peu d’une impression, et où j’ai rouvert le livre en pleine discussion avec des gens parce qu’il était simplement là et que l’envie m’en prenait.

Pendant toute la lecture, on navigue entre impressions visuelles et inspection de la pensée intime, planches uniquement dessinées, bandes dessinées classiques et texte noir. Ces mélanges font de cette bande dessinée une expérience humaine intense. Les personnages et les dialogues sonnent justes : on a affaire à des gens imparfaits, mais attachants. On peut parfaitement se reconnaître dans leur manière de ne pas savoir où ils en sont, dans leurs problèmes de communication, leurs difficultés à se lier aux autres. Pourtant ce livre n’est pas déprimant, notamment grâce à la chaleur des dessins.

Il n’y a pas d’histoire à proprement parler, simplement des trajets de vie de personnes plus ou moins liées. Certains personnages sont de simples figurants limités à une ou deux apparitions, d’autres sont là chaque saison, toujours les mêmes, et pourtant évoluant avec celles-ci. J’ai apprécié suivre chaque histoire, mais j’ai peut-être une préférence pour celle de l’orthodontiste divorcé, pourtant pas particulièrement sympathique au premier abord, et celle de l’homme préhistorique. Pour la première, je ne sais vraiment pas ce qui m’a le plus plu dedans. Est-ce le fait que le mec s’ennuie clairement dans sa vie, ne fait pas vraiment d’effort pour arranger cela mais remarque tout de même ce qui coince ? Est-ce sa manière de s’intéresser à la musique et à de vieilles photos alors qu’il peut être exécrable avec les gens ? Est-ce sa maladresse avec sa fille ? Peut-être un peu de tout cela mais le résultat est qu’il m’a énormément touchée. Et pour ce qui est de l’homme préhistorique, je crois que, superficielle comme je suis, le visuel de ses moments sont à prendre en compte dans mon amour pour ce personnage. Et aussi sa solitude, son envie irrépressible de croiser d’autres hommes. Je voulais vraiment qu’il arrive enfin à rencontrer quelqu’un !

Mais ce qui est le plus important n’est pas une histoire ou l’autre, c’est l’ambiance douce amère du roman lui-même nous plonge dans un cocon protecteur le temps de la lecture. On sent le temps qui passe, les malaises, les non dits, les interrogations, mais aussi les joies, les petits bonheurs inattendus, les instants de connivence, les rires, les rencontres… Souvent je me suis retrouvée dans une situation, et j’avais l’impression d’entendre le livre me dire, « c’est normal, tu n’es pas seule ». Je pense sincèrement que ce livre à cette faculté à raisonner avec chacun d’entre nous : il est le portrait des individus lambdas, ceux qui sont paumés, en attente de quelque chose sans trop savoir quoi, perdus dans la foule ou dans leur vie…

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Non, franchement, il n’y a pas à dire, Les équinoxes est une petite merveille que je ne peux que vous encourager à lire, particulièrement en ces jours gris pluvieux. Avec une tasse de thé chaud, assis sur le canapé, le charme ne peut qu’opérer ! Il réunit trois qualités qui m’ont charmée : une originalité graphique qui en met plein la vue, une ambiance douce amère envoûtante, et une narration foncièrement humaine. Pour ma part, je mets déjà de côté pour Portugal, autre livre de l’auteur qui avait déjà été encensé par la critique.


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20/20

Envoûtant

Pourquoi pas ? [Lire ce livre]

Titre du livre : Pourquoi pas ?

Auteur : Samuel Stento et Rémy Sellier

Genre(s) du roman : Livre illustré, encyclopédie graphique

Public visé : Le monde

Edition :Editions de la Cerise

Parution originale : 2006 (2010 pour cette édition)

Nombre de page : 12

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De quoi il est question : Parce que vous vous posez toujours des questions inutiles auxquelles il vous paraît primordial de répondre, Pourquoi pas ? est là pour vous fournir des réponses. Avec cette petite encyclopédie vous saurez enfin pourquoi le Père Noël est rouge, pourquoi nous avons deux yeux, pourquoi les enfants perdent leurs dents ou encore le pourquoi de la conquête spatiale. Attention, votre vie risque d’être chamboulée si vous ne prenez pas le temps de digérer ces illuminations de génie.


AVIS :

Voilà un petit Ovni que je n’avais pas prévu de lire. En fait j’ignorais son existence –et celle de sa maison d’édition que je recommande chaudement pour ses choix graphique- avant de me retrouver devant le stand de celle-ci au festival de B.D. de Colomiers. Jusqu’ici, j’avais beau eu feuilleter les livres proposés, rien ne kidnappait mon cœur, et voilà que je me suis retrouvée devant ce petit livre, incapable de dire non. Il faut dire qu’il rentrait pile poil dans le budget que je m’étais fixé, et qu’il m’avait l’air amusant en plus d’être intéressant sur le plan de la maquette. Je l’ai donc acheté à 17 h 04 et terminé à 18 h 48. Alors ai-je bien fait d’écouter mon cœur ? Me suis-je fait avoir par une maquette originale et deux trois phrases accrocheuses ? Vous le saurez, dans le prochain paragraphe.

Globalement, le livre est très bien : joli (soyons artificiels), original, avec de beaux rabats, du papier agréable au toucher et des mises en pages super rafraîchissantes. Mais je n’ai pu m’empêcher d’être déçue, tout d’abord du texte, et ce dès les premières lignes. En effet, parmi un texte amusant se cachent –plutôt mal d’ailleurs- plusieurs coquilles. Certaines ÉNORMES, d’autres plus subtiles, mais sérieusement, laisser des fautes dans le sommaire (« la fin dans le monde » sic.) et dans des titres de chapitre (« Pourquoi Dieu n’est-il pas une huîter » sic.), c’est-à-dire à des endroits qui sautent aux yeux, on se dit qu’une petite relecture en plus n’aurait pas fait de mal, d’autant plus qu’il s’agit-là de la deuxième édition du livre. Le prix des livres illustré est suffisamment élevé pour qu’on puisse s’attendre à ne pas trouver autant de fautes.

Autre petit défaut : le contenu du texte. Je ne dis pas qu’il est nul, attention. J’ai beaucoup aimé certains passages, et j’y reviendrai. Mais n’empêche, j’ai été déçue. Déçue parce qu’alors que le livre se donne l’ambition de répondre à toutes nos interrogations, il y a des fois où, entre la question et la réponse, on se demande bien où est le lien. Je pense que l’auteur s’est laissé entraîner dans son délire, mais le problème est que, lorsqu’on lit ce livre et qu’on n’est pas dans son délire, on a l’impression de manquer d’informations pour comprendre la blague. Et c’est dommage parce que cela nous fait nous demander si nous ne nous sommes pas faits avoir, ou si on ne nous a pas pris pour de bonnes poires. Après, il ne faut pas croire que le texte soit toujours à côté de la plaque, et nous avons droit à des envolées lyriques, oniriques et imaginaires magiques. C’est typiquement le genre de lecture qui nous donne le sourire et nous donne envie de nous poser nos propres questions pourries, de répondre à notre tour. Sérieusement, la mathématique des regards musicaux et le coup de la raison de la couleur du Père Noël me resteront longtemps en mémoire. Notez l’avant propos sur les rabats du livre qui nous propose le point de vu d’un des cheveux de l’auteur sur la raison de ce livre. Certes, on trouve dès ces lignes une coquille (mais rien de grave cette fois-ci, juste un détail irritant lorsque, comme moi, on travaille actuellement sur le code typographique), mais ça donne tout de suite envie de se plonger dans l’imaginaire de cet auteur.

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Parlons visuel maintenant, parce que c’est ce qui m’a attiré vers ce livre en premier lieu. La maquette est vraiment super, je ne change pas d’avis là-dessus après avoir lu le livre. Presque chaque page a sa propre identité, son originalité, et pourtant on n’a jamais l’impression de tomber sur du grand n’importe-quoi. Au contraire, il y a une cohérence tout le long de l’ouvrage grâce aux deux différents types d’illustrations, au cercle qui revient comme un motif obsédant (cercles, globes, arcs de cercle, ronds des pages de titre de partie, lunes, vagues…). Le maquettiste (ou l’auteur) joue sur les corps et les couleurs du texte, les capitales –grandes et petites-, la disposition des mots, etc. pour donner du sens à ce qu’on lit. C’est très inspirant et joli, exactement ce que j’espérais.

Les illustrations sont aussi très agréables. Il y en a de deux sortes. Celles de Samuel Stento sont souvent colorées, avec un style enfantin qui nous replonge dans l’enfance. Elles ont toujours un petit quelque chose de complètement décalé qui nous rappelle nos élucubrations enfantines. Celles de Rémy Sellier (enfin, je crois qu’elles sont de lui, parce que sinon je ne vois pas ce que son nom vient faire en tant qu’auteur, les informations manquent là-dessus), au contraire, ont quelque chose de scientifique, de réel. On croirait à des dessins d’architecte ou de designer, voire à des gravures de l’Encyclopédie. Quand un livre de targue d’être une encyclopédie, ça en jette. Alors ces deux styles d’illustrations opposés et complémentaires, couplés à des jeux sur la typographie et à une maquette soignée, ça ne peut que donner quelque chose de super frais et d’original. Un petit quelque chose qui m’a d’ailleurs donné envie d’acheter le livre.

Après, je ne peux m’empêcher de noter deux petits bémols à cette mise en page. Un, les illustrations de Samuel Stento, ont quelques fois peu de choses à voir avec le texte en vis-à-vis. Elles sont jolies, certes, mais rien ne justifie la place où elles ont été mises. Dommage… Ça a des airs de finissions faites à la hâte. Deux, le livre se termine sur une série d’illustrations justifiées par « Pourquoi ne pas plutôt se taire et observer quelques pages en silence ? ». C’est une bonne idée, je suis d’accord, de laisser parler ainsi l’illustration. Oui, mais au bout d’un moment on se demande si cette succession d’illustrations, parfois un peu inutiles, ne permet pas surtout à combler les blancs. Honnêtement, j’avais l’impression en regardant ces pages que l’auteur n’avait pas eu d’idées pour la suite de son texte, mais que comme ils avaient prévu soixante-douze pages, ils ont mis des illustrations (parfois plusieurs sur le même motif) à la place. Je pense que si cette partie avait été mise au milieu du livre ou avait été abrégée de quatre cinq pages, ça m’aurait moins dérangé, ou tout du moins, moins donné cette mauvaise impression.

Livre de réflexion donc, mais aussi livre picaresque avec sa brochette de personnages attachants, charmeurs et intrigants. Clairement, certains sont sous-développés, mais plusieurs semaines après avoir refermé le livre, trois quatre hantent toujours ma mémoire : j’aimerais les connaître plus. Dommage que ce livre ne nous permette que de passer furtivement dans leur vie : il reste un goût d’inachevé au moment du mot fin.

Finalement, il y a du bon et du moins bon dans ce livre. Je pense que le moins bon me gêne principalement parce que je trouve que le prix méritait que ces erreurs ne soient pas là. N’empêche que j’ai passé un bon moment devant ce livre. J’ai ri, j’ai apprécié rester plantée cinq minutes sur la même double-page, et je relirai à nouveau ce livre, c’est sûr. Maintenant qu’il est chez moi, je ne vais pas m’en priver. Je vous conseille de jeter un coup d’œil sur ce livre, parce que visuellement il vaut le coup. Après, je ne vous conseille pas de l’acheter ou de ne pas l’acheter, de l’offrir ou de ne pas l’offrir : à vous de vous faire votre propre opinion si vous l’avez entre vos mains. Et puis, peut-être que ce qui m’a gêné ne vous posera pas de problèmes, à part, bien sûr, l’énorme « HUÎTER ».


17/20

Un petit bijou d’originalité imparfait

« Si le militaire est vêtu de vert, c’est qu’il a rarement le temps de mûrir, trop souvent fauché dans la fleur de l’âge. Encore la faute à la guerre ? Non, bien sûr que non, pacifistes ignares ! La faute au fleuriste. »

[La langue de la fin du monde] 2084

Titre du livre : 2084, la fin du monde

Auteur : Boualem Sansal

Genre(s) du roman : Roman contemporain d’anticipation, dystopie

Edition :Gallimard (Blanche)

Parution originale : 2015

Nombre de page : 274

2084

L’histoire : L’Abistan, empire du prophète Abi, s’étend jusqu’aux frontières où plus rien n’existe. Rien n’existe en dehors de l’Abistan, de son dieu unique et de son prophète.
Dans cet empire où tout le monde surveille tout le monde et où toute pensée originale est condamnée, Ati se met à douter. Tombant par hasard dur un mystère qui prouverait les mensonges du système, cet homme lambda se lance dans une enquête à travers le territoire de l’Abistan où il remettra en question tous les fondements de la seule société qu’il connaît.


AVIS :

2084 est un livre que je n’aurai probablement pas lu aussi vite si je n’avais pas eu à lire un livre de la rentrée littéraire pour les cours. Oui, j’étais curieuse de voir ce que 1984 donnait transposé dans les Moyen-Orient, oui, j’aime beaucoup les romans orientalistes, mais je n’étais pas prête à acheter un livre de la rentrée (grand format et donc un peu cher) ce mois-ci : j’ai un budget à tenir moi ! Mais voilà, je devais lire un livre de la rentrée littéraire, et si mon cœur balançait entre cinq, six, sept, huit livres, ma curiosité me faisait pencher sur cet achat-là. En plus j’avais lu un article intéressant sur ce livre peu de temps auparavant, j’étais donc quelque peu formatée pour l’acheter. Verdict ? Je n’ai pas autant aimé que je m’y attendais, mais j’ai tout de même beaucoup apprécié la lecture de ce livre.

La langue est au centre de l’histoire de 2084. Il est constamment question du pouvoir des mots et des langues, il est donc clair qu’un soin particulier a été porté au texte. On trouve énormément de belles trouvailles sur la langue : l’abistan n’est composé que de mots monosyllabiques, faisant perdre toute musicalité, tout pouvoir à la langue, de nombreuses étymologies vraies et fausses nous sont proposées, les mots que nous connaissons sont devenus inconnus et dépourvus de sens, la langue écrite est soignée, contrastant avec celle du pays. Mais cela suffit-il pour faire un beau texte ? Et bien oui et non. Oui parce que le style est très soigné. On a l’impression d’entendre une mélodie de la phrase qui est très plaisante à lire, d’autant plus que le charme des mots, leur pouvoir envoûtant est au cœur de ce texte. Non parce que par moments, la beauté des phrases est imperméable. J’avais toujours besoin de lire un ou deux paragraphes avant de pouvoir entrer dans l’histoire parce qu’il me fallait un temps d’adaptation à ce phrasé particulier. Attention, il ne faut pas croire que le texte soit hermétique ou quoi que ce soit. Ce n’est pas un style élitiste, seulement le style d’un homme qui prend plaisir à magner les mots. Ni le style ni le rythme ne sont ampoulés, le picaresque et l’humour sont de la partie, la lecture s’enchaîne avec facilité. En tant que lecteur on se retrouve souvent dans la tête du personnage principal à suivre ses questionnements. Se sont des questionnements un peu nébuleux, qui demandent de la réflexion, pourtant ils sont très clairs, faciles et agréables à suivre. D’autant plus que le tout est saupoudré d’ironie et d’humour. Mais n’empêche, il faut un petit temps d’adaptation pour pleinement apprécier la lecture !

Heureusement, l’histoire permet de rentrer dans cette langue particulière, parfois hermétique. En effet, celle-ci est très agréable à suivre et, à l’instar du lecteur lisant 1984, on veut savoir ce qu’il adviendra d’Ati. Son parcours commence relativement rapidement et ne se fait pas attendre. C’est au moment où il commence à avoir des doutes que l’histoire débute. Le lecteur est assez dérouté dans cet univers inconnu dans lequel il est plongé, mais au fur et à mesure qu’Ati se questionne, le narrateur donne des informations sur l’Abistan ; la mythologie du livre s’étoffe. On retrouve certains parallèles (ou même des hommages) avec 1984, mais heureusement, il y a suffisamment de divergences pour qu’on puisse être surpris par les péripéties. Ici, pas de Big brother watching us, mais un livre sacré, constamment réécrit, qui fait loi et des citoyens ravis d’espionner leurs prochains.

Ce livre de la mécréance et du doute est présenté un peu à la manière d’un livre de loi grâce à des « chapeaux » résumant les parties qu’ils introduisent. Ils ont le triple avantage de donner une couleur à l’ouvrage, un avant-goût de ce qui va suivre et de permettre au lecteur, connaissant la ligne directrice de l’intrigue, de se concentrer sur la satire et les pistes de réflexion que proposent narrateur et auteur. En effet, même si l’intrigue vaut à elle seule la lecture du livre, la satire de l’extrémisme religieux est au centre de l’œuvre. Les clins d’œil et références sont nombreuses, le livre dialogue ainsi directement avec le lecteur qui est lui invité à poursuivre la réflexion même (et surtout) après la fermeture du livre.

Livre de réflexion donc, mais aussi livre picaresque avec sa brochette de personnages attachants, charmeurs et intrigants. Clairement, certains sont sous-développés, mais plusieurs semaines après avoir refermé le livre, trois quatre hantent toujours ma mémoire : j’aimerais les connaître plus. Dommage que ce livre ne nous permette que de passer furtivement dans leur vie : il reste un goût d’inachevé au moment du mot fin.

Finalement, 2084 est un livre qui m’a plu, bien que j’aurai aimé l’aimer plus. Les pistes de réflexion sont là, l’intrigue est entraînante, les personnages sympathiques et l’hommage beau, mais j’aurai aimé qu’il soit plus… Plus quoi, je ne suis pas certaine, mais plus, cela est certain. Peut-être est-ce la langue qui m’a empêché de complètement me plonger dans l’histoire, peut-être avais-je de trop grosses attentes, peut-être cent mille autres choses, mais le fait est que malgré le plaisir que j’ai eu à lire ce livre, je n’ai pu m’empêcher d’être un peu déçue en refermant le livre. Il reste cependant un livre de la rentrée littéraire qui vaut le coup d’être lu, ne serait-ce que pour la sonnette d’alarme que sonne avec brio, beauté et humour Boualem Sansal à travers les pages. N’hésitez pas à le rechercher dans vos bibliothèques favorites. Veillez cependant à ne pas attendre un 1984 bis, parce que ce n’est pas le cas. Il s’agit bien plus d’un hommage que d’une réécriture et la comparaison avec l’excellent niveau du livre d’Orwell risque de vous décevoir alors que 2084 n’est vraiment pas mauvais.


14/20

Dépaysant et poétique

« Il eut soudain une intuition, le plan était si clair : le Système ne veut pas que les gens croient ! Le but intime est là, car quand on croit à une idée on peut croire à une autre, son opposée par exemple, et en faire un cheval de bataille pour combattre la première illusion. Mais comme il est ridicule, impossible et dangereux d’interdire aux gens de croire à l’idée qu’on leur impose, la proposition est transformée en interdiction de mécroire, en d’autres termes le Grand Ordonnateur dit ceci : « Ne cherchez pas à croire, vous risquez de vous égarer dans une autre croyance, interdisez-vous seulement de douter, dites et répétez que ma vérité est unique et juste et ainsi vous l’aurez constamment à l’esprit, et n’oubliez pas que votre vie et vos biens m’appartiennent. » »

[Plongée dans l’Espagne franquiste] Los Símbolos, de Fransisco Gonzáles Ledesma

Titre du livre : Los Símbolos

Auteur : Fransisco Gonzáles Ledesma

Genre(s) du roman : Historique, tranche de vie, roman noir

Edition : L’Atalante

Parution originale : 1987 (1999 en France)

Nombre de page : 478

L’histoire : Ce livre suit le destin de deux enfants aux antipodes sociaux, qui se rencontrent par hasard aux enterrements de leurs pères respectifs. Tous les deux devront évoluer dans le dur monde de l’Espagne franquiste.

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AVIS :

  Voilà encore un livre que j’ai eu lors de mon stage en librairie l’an passé. Ma super maîtresse de stage me l’a tendu en me disant « Ça c’est super bien », et je l’avais alors en haut de ma pile de livres à lire. Sachant que les livres super biens qu’elle m’avait conseillés étaient tous super biens, j’avais plutôt hâte de lire ce livre, mais études obligent, je n’ai pu me lancer dans cette lecture qu’au moment des vacances d’été. Sérieusement, pouvais-je ne pas avoir envie de le lire ? Caution d’une autorité, contexte historique qui m’intéresse et auteur que je n’avais jamais lu mais dont je n’avais entendu que du bien. Je signe immédiatement moi ! Et le résultat ? Qu’en ai-je pensé ? Et bien… que du bien ! Pour un avis un peu plus détaillé, je vous invite à lire les lignes qui suivent…

  En ouvrant le livre pour la première fois, je ne savais pas à quoi m’attendre si ce n’est à aimer. L’histoire commençait de manière assez classique, in medias res, et tout semblait indiquer une écriture relativement conventionnelle dans le monde des romans noirs (enfin, pas vraiment conventionnelle si l’on considère que ce livre est sorti en 1987 et est plus le père de ces livres que l’on croise maintenant, mais le lisant à notre époque, le style ne me semblait pas sortir de l’ordinaire). Et puis finalement, il m’a surpris, ce style ! Dérouté au début je dois l’avouer, mais envoûté par la suite. Parce que ce qui fait la particularité de ce livre se résume en deux choses : la narration et le déroulement de l’intrigue. En effet, la narration a son originalité. L’auteur s’amuse à passer d’un point de vue interne à un point de vue externe, par moments il est très extérieur à tout ce qui se passe et ne fait que décrire l’action, à d’autres il entre dans la tête d’un personnage et ne s’attarde que sur ses sensations. Ce yo-yo narratif n’est pas si incongru me direz-vous, mais il pousse ce concept jusqu’à s’adresser lui-même à des personnages ou même au lecteur, gardant sa propre voix ou empruntant celles de ses personnages. Alors, oui, ces changements narratifs peuvent perturber, et parfois j’avais du mal à savoir qui s’adressait à qui ; oui, certains peuvent ne pas accrocher à cette particularité de l’écriture, mais personnellement, passées les premières occurrences, j’ai été charmée par ce procédé. D’une certaine manière, cela implique complètement le lecteur qui devient complice de l’auteur ou des personnages et puis l’écriture est ainsi rendue vivante, vraisemblable, humaine.

  Il y a un autre point à faire remarquer sur la narration mais qui a cette fois-ci plus un rapport avec l’histoire qu’avec l’écriture. Le livre s’étale sur une longue période historique, et l’auteur n’hésite pas à tronquer énormément de moments de la vie de nos personnages. Dans la plupart des livres, ces ellipses concernent des moments peu intéressants de l’histoire ou qui seront racontés par la suite, mais ici la vie des personnages est pleine de trous, même dans ce qui paraît au centre de l’histoire. Finalement le livre est plus un album photo de deux destins qui se croisent que le fil de ces vies. On a comme des photographies d’instants. D’une page à l’autre on passe à différents moments de leurs vies, et on ne peut qu’imaginer ce qui s’est passé dans leurs têtes, à quel point ils ont changé, comment un événement a pu les transformer. Il semble parfois manquer des moments clefs, et souvent on s’attend à ce qu’il se passe quelque chose qui n’aura jamais lieu. Pendant cette lecture, je passais mon temps à me dire « il va se passer ça », « et là, il va apprendre la vérité », bref, à attendre les clichés du genre romanesque (grande révélation, scène de reconnaissance, l’allier impromptu, etc.) et finalement rien de tout cela n’arrive. Alors on est en même temps frustrés et surpris. Finalement, même si on attend ces clichés avec impatience et amusement, ils sont purement romanesques et ce que nous offre l’auteur ressemble plus à un reflet du monde réel. Ainsi les secrets ne sont jamais dévoilés, les personnages se passent souvent à côté sans se voir, mais n’est-ce pas comme cela qu’est fait la vraie vie ? C’est complètement frustrant, je vous l’accorde, mais j’ai trouvé cela très rafraîchissant. J’ai eu beau m’énerver contre le livre de me priver de ces moments tant attendus, je n’ai non plus pas pu m’empêcher d’admirer la maturité et le réalisme du livre.

  Pourtant le livre n’est pas exempts d’événements rocambolesques. En effet, les intrigues se multiplient, se succèdent et s’enchaînent de telle manière que l’on est jamais ennuyés. Le livre mêle avec brio les conflits intergénérationnels et les tensions hommes/femmes, les conflits politiques et industriels, le roman noir et le roman d’apprentissage… Avec un ton cynique et désabusé, l’auteur donne un regard sur une époque changeante, celles des dernières années du franquisme. Les deux personnages vivant dans deux mondes complètement opposés, on a le droit à une vision assez complète de la société, et leurs brèves rencontres sont très intéressantes de ce point de vue là. Le lien entre Marta et Xavier est d’ailleurs très séduisant car à la fois infime et fort. Il est ce genre de lien inexplicable et inexpliqué. Je regrette seulement qu’il soit aussi peu développé. A l’image de leur première rencontre il aurait pu être amplifié, mais la simplicité de leur relation est rafraîchissante dans ce roman très dur.

  Car oui, les personnages s’en prennent plein la tête. Les rapports hommes/femmes sont souvent décrits de manière bestiale -un peu répétitive d’ailleurs, comme si tous les hommes avaient les mêmes fixettes que l’auteur-, les personnages perdus ne trouvent jamais le salut de leur âme, les morts injustes s’enchaînent à une allure impressionnante, les méchantes actions ne sont pas punies par la loi, la loi n’est d’ailleurs pas forcément du bon côté. De toute façon, les premières pages me l’avaient laissé voir : je n’avais pas lu le résumé, mais dès le début, celui que je croyais le héros meurt de façon plutôt expéditive. Bref, on a le miroir d’un monde injuste et dur. Par moments la lecture en devient même assez ardue. On voudrait un peu de répis pour nos personnages parce que ceux-ci sont vraiment sympathiques (ou haïssables ! ).

  Le livre nous offre en effet une très belle palette de personnages. Certains sont sous le feu des projecteurs à l’instar de Marta, Xavier et Laurita, d’autres sont des éclairs qu’on n’observe que le temps d’un chapitre, d’autres encore apparaissent de temps en temps, quand l’envie en prend à l’auteur. Mais peu importe leur temps d’apparition, ils sont tous mémorables et uniques. Même maintenant, deux mois après la lecture de ce livre, je me souviens d’eux et de leurs parcours. Méchants, neutres ou gentils, j’avais envie de savoir ce qu’ils allaient devenir, et cela est l’indicateur d’un bon livre !

  Je pourrai encore en écrire énormément sur ce livre, parce qu’il m’a marqué au point que j’aime en parler, mais ce que j’aurai à ajouter spoilerait l’histoire ou ne rentrerait pas dans mon plan… Je vais donc m’arrêter là. Mais vous l’aurez compris, je vous invite grandement à lire ce livre si vous avez envie de vous prendre une petite claque littéraire. Car voilà un livre qui ne peut laisser indifférent : il nous embarque dans l’histoire par son intrigue, ses personnages et sa narration, il sort des sentiers battus et frustre un lecteur aguerri ! A vous de voir ensuite si cette frustration est compensée ou non par le même plaisir que j’ai eu à le lire.


18/20

Déstabilisant et prenant

Nous sommes cruels [à la manière de Laclos], de Camille de Peretti

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Titre du livre : Nous sommes cruels
Auteur : Camille de Peretti
Genre(s) du roman : Épistolaire, Contemporaine
Editions : Le livre de poche
Année de publication : 2005 (2008 pour le grand format)
Nombre de page : 282

 

L’histoire : Julien et Camille deviennent amis par lettres interposées. Tous les deux fans des Liaisons dangereuses de Laclos, ils décident de calquer leur relation sur celle du Vicomte et de la Marquise de leur livre préféré, avec cela allant, les jeux d’amours, le ton des lettres et la chasse aux trophées. Malheureusement, à l’instar de leur modèle, ce genre de jeu n’est pas sans conséquences…


 

AVIS :

  Voilà un livre qui ne me tentait pas vraiment à la base. Je m’explique. C’était un livre gratuit d’une pratique promotionnelle du genre « 1 livre de poche offert pour 2 achetés ! ». Je me devais donc de choisir ce livre offert et je dois avouer que le choix proposé ne me parlait pas du tout. Finalement, j’ai choisi celui-ci un peu en désespoir de cause, parce que c’était un roman épistolaire et que le titre me laissait présager un peu de cynisme (ce qui est toujours amusant à lire je trouve !). Mais bon, je n’étais toujours pas enthousiaste à l’idée de le lire. Je l’ai ramené chez moi et puis les mois ont passé sans que je ne le lise. Finalement, je l’ai ressorti de l’oubli de ma bibliothèque dans un but essentiellement pratique : le livre que je lisais n’était pas vraiment transportable dans un sac à main ; il me fallait donc un livre pas trop épais que je pouvais facilement lâcher pour me remettre à ma lecture principale. Trois jour plus tard, il était fini, et je dois avouer avoir été agréablement surprise !

  Comme je l’ai dit et répété, ce livre est un roman épistolaire contemporain. On est donc loin des lettres de dix pages de nos vieux classiques épistolaires -cela dit, très bons, et si ce n’est déjà fait, je vous invite à sauter sur les Lettres persanes ou les Liaisons dangereuses, il n’est jamais trop tard ! Ici, les plus longues lettres font quatre pages, et elles sont rares ! Non, on a de simples lettres d’une page ou deux, des textos, des mails, bref, on est à notre époque, et soyons honnêtes, les lettres, de nos jours, ce n’est plus vraiment tendance… C’est pour cela que le style des lettres sont changeantes selon leur auteur -car à l’instar du roman modèle il s’agit d’un livre polyphonique- et il est facile de voir que certains sont plus lyriques que d’autres, que tout le monde ne se prête pas au jeu de la lettre, bref, à travers chaque lettre on devine l’auteur ! Coup de maître donc pour Camille de Peretti qui a réussi l’exploit de donner une voix à tous ces personnages, tout en modulant leurs styles par moments car, chacun le sait, on n’écrit pas pareil à tout le monde !

  Parce que les lettres sont courtes, les expéditeurs et le destinataires changeants, on peut suivre différentes intrigues en même temps. Les amours de Julien, ceux de Camille, ceux de ses amis, les liens d’amitié qui les réunissent – ou pas –, mais aussi leurs études et ambitions, vous trouverez forcément un fil conducteur qui vous intéresse. C’est rocambolesque, fourni et varié, aucune raison donc de s’ennuyer à la lecture de ce livre. Je ne m’attendais d’ailleurs pas à ce que la ligne directrice des études soit aussi marquée, mais finalement, il s’agit là principalement de lycéens et d’étudiants, et bien évidemment, ils parlent de ce qu’ils font. Anciens – ou actuels – L et littéraires, vous retrouverez certaines lectures de cours, et même ces redoutées versions de latin, mais si vous n’êtes ni l’un ni l’autre, vous vous rappellerez du temps bénit des dissertations en trois parties, parce qu’apparemment, cela a marqué l’auteur (j’avoue que j’appelais cela simplement « dissert’ » de mon temps =D ) ! Bon, tout cela pour dire que la vie lycéenne et estudiantine est plutôt bien retranscrite. Les lettres font vraiment « vrai » !

  Maintenant parlons relations, parce que c’est le centre de ce roman ! Nous n’avons là que des instants de chacune d’entre elles puisque nous avons seulement accès au matériel écrit (mails, notes, mémos, textos et lettres bien sûr ! ). Par moment on ne suit une relation que par chaque allusion qu’il y a dans les lettres des autres, à d’autre il s’agit de la correspondance amoureuse elle-même, agrémentée ou pas de ressentis dans des lettres à des tiers. Et finalement, c’est difficile de savoir si tout est vrai puisque tout a des allures de jeu pour nos épistoliers principaux. S’ajoute à cela le fait que le style des lettres d’amour est souvent très travaillé, et ressemble plus à une façade – romantique ou cynique – qu’à la réalité. Bien évidemment, on ne peut pas s’intéresser de la même manière à chaque relation, et certaines ont beaucoup moins d’intérêts que d’autres, surtout lorsqu’il manque un point de vue pour la comprendre. Par exemple, le petit frère d’une amie envoie des cartes postales à une amie de sa sœur. On a ces cartes postales, les discussions entre les amies pour savoir si oui ou non sortir avec le « petit frère » est envisageable ou non, mais quid du petit frère ou des réponses de celle qui les reçoit ? Finalement, la relation n’est envisagée que d’un point de vue moral, et non véritablement émotionnel. Dommage parce que l’idée des cartes postales était pas mal. Sinon, pour parler des relations plus intéressantes, il y a bien sûr celle ambiguë de Camille et de Julien, tout en apparences et jalousie (un vrai jeu de cache-cache amoureux), celle touchante de Julien et Diane, ou sa précédente – j’avais tendance à préférer les relations de Julien à celles de Camille – ou celle entre Camille et Marie. Pour cette dernière, j’émettrai cependant un petit bémol : son manque de développement en deuxième partie de livre. Sans spoiler, je dirai que nous avons là une relation super fusionnelle qui est brisée à un moment. L’image de l’une est ternie aux yeux de l’autre à cause d’un événement particulier. Nous avons deux trois lettres là-dessus puis quelques mini allusions par-ci par-là, et puis c’est tout. On ne trouve aucune vraie trace d’un changement de relation dans la suite de leur correspondance… Dommage !

  Pour ce qui est des personnages, ils sont tous plus ou moins intéressants. Moins pour certains, car moins développés et seulement de passage (quoique la première proie de Camille est vraiment remarquable). Ils sont loin d’être parfaits et donc très humains. Mais ils ne sont pas tous attachant. Enfin, je crois qu’ils étaient supposés l’être, mais j’avoue avoir eu un gros problème avec le personnage de Camille. Elle m’énervait tellement que j’avais envie de lui donner des claques, de la secouer pour qu’elle descende un peu de ce piédestal sur lequel elle – et le monde en général apparemment parce qu’elle est juste trop géniale – s’est mise. Elle est égoïste, imbue de sa personne et donc, par conséquent, pas franchement sympathique. Je ne dis pas que Julien soit très différent, mais lorsqu’on lit ses lettres il a l’air de prendre un peu plus en considération les sentiments des gens auxquels il tient. Après, quand on se la joue aux Liaisons dangereuses au XXIe siècle (et même au XVIIIe s. cela dit), il est clair que l’on est égoïste et mégalomane. Mais beaucoup de personnages secondaires sont aussi sympathiques à l’instar de Diane, de William ou d’Esther pour ne nommer que ces trois-là. Cependant, le style très « classique » des lettres (certains n’écrivent même qu’en vers ! ) donnent un visage très factice à ces personnages. On a l’impression qu’ils portent tous des masques, et il est donc difficile de les appréhender complètement. Quitte à vouloir réécrire Les Liaisons dangereuses, on aurait pu adapter le style des lettres (hormis celles de Camille et Julien qui semblent vouloir vivre au XVIIIe siècle) à notre parler du XXI: ce n’est pas parce qu’on est littéraire que l’on met du style dans tout ce qu’on écrit…

  Passons maintenant à l’hypertexte ! Pour le jeu et la forme du roman, il est clair que nous ne pouvons pas ne pas parler des Liaisons dangereuses quand il est question de ce livre. Cela fait longtemps que je l’ai lu (et dévoré), je ne me souvenais donc plus de tout à cent pourcents, mais la fin est tellement mémorable que je m’en souvenais clairement. Elle traînait ainsi constamment dans un coin de ma tête, de manière plus ou moins discrète lorsque je lisais ce livre. De plus, les auteurs des lettres eux-même rappellent sans cesse la fin du livre (ou d’autres intrigues de celui-ci), et je déplore que Nous sommes cruels se termine de façon si similaire à celle de son modèle car c’était beaucoup trop annoncé. Il est certain que le livre ne pouvait pas se terminer bien, le point était justement de faire grandir ces gamins arrogants, mais je pense que l’auteure aurait pu s’y prendre d’une manière un petit peu plus subtile, car elle utilise-là les grands sabots et on pouvait la voir arriver de très loin. Cependant, elle reste bonne, c’est seulement qu’elle aurait pu être mieux. Les Liaisons dangereuses est un livre génial que l’on dévore en peu de temps. Camille de Peretti a su très bien l’adapter. Passer en second est souvent difficile. Faute de l’égaler, elle lui rend très bien hommage.

  Ainsi, j’ai été agréablement surprise par cette lecture dont je n’attendais rien à part de me faire passer le temps dans le métro. Facile à lire sans être fade, avec plein d’intrigues, bref, c’est le genre de roman qui se lit tout seul : on tourne une page après l’autre sans voir le temps passer ! Avis aux amateurs de cynisme, de romances et de correspondances !


« Je voudrais que le temps passe très vite et ne jamais grandir. Avoir éternellement dix-sept ans, danser sur « Dancing queen », hurler « only seventeen » toute ma vie en pensant qu’Abba a écrit cette chanson pour moi. Si vous saviez comme j’ai peur de perdre ma jeunesse. Tous mes moments de bonheur sont gâchés à l’idée qu’ils seront source de nostalgie le lendemain. »
« C’est toujours un bonheur de faire tomber les masques et de se rendre
compte que les gens nous préfèrent déguisé. »

15/20
Une très bonne découverte !

La seule façon de te parler, de Cathy Ytak [Amour en langage des signes]

Titre du livre : La Seule Façon de te parler (Mes années collège)

Auteur : Cathy Ytak

Genre(s) du roman : Jeunesse, romance

Éditions : Nathan (Poche)

Année de publication : 2015

Nombre de pages : 131

Histoire : Nine est en cinquième et déteste l’école. C’est la boule au ventre et pleine d’appréhensions qu’elle y va chaque matin. Mais tout cela pourrait bien changer lorsque, pour s’approcher du garçon qu’elle aime, Ulysse, elle décide d’apprendre la langue des signes.

LSFDTP


AVIS :

  Pour changer, voilà un peu de littérature jeunesse. Trouvé dans ma boîte aux lettres, La Seule Façon de te parler est un livre que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. J’avais déjà reçu, il y a quelques mois, un autre livre de Nathan : Lundi, couscous, écrit par Loïs Murail. Ces deux livres ont en commun leur raison d’être : ils répondent tous les deux à une invitation faite à différents auteurs, celle d’écrire à la première personne les sentiments et événements qui peuvent chambouler la vie d’un collégien. J’avais relativement bien aimé le livre de Loïs Murail, et j’avoue que j’étais curieuse de lire un autre livre de « Mes années collège ». A cette curiosité s’est ajouté un autre intérêt : celui que j’ai pour la LSF (langue des signes française). J’ai toujours été très intéressée par cette langue, et si je ne me suis pas encore mise à l’apprendre, c’est plus par manque de temps que de volonté. Ayant vu récemment une série géniale dont un des personnages principaux est sourd, j’étais vraiment enthousiaste à l’idée de voguer sur ce thème !

  Comme je l’ai dit, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce livre. Je l’ai préféré à celui de Loïs Murail, mais il n’y a pas vraiment de comparaison à faire puisque les deux livres traitent de façon très différente la vie collégienne. Là où Loïs Murail soulignait les événements et un problème propre à tout l’établissement, voire toute la ville, Cathy Ytak s’est intéressée sur les sentiments intimes d’une élève. Le texte est à la première personne : c’est une enfant qui raconte son histoire, et cela se ressent dans le style de l’auteure. Les phrases ne sont pas toujours à cent pour cent correctes, mais elles sonnent justes oralement parlant. Cela permet à la fois au lecteur de s’identifier très rapidement avec Nine -ou au moins d’être empathique à son égard- mais aussi à la lecture d’être très facile. Les chapitres sont courts (à l’instar du livre), le style très oral et filant. Cela rend le livre très plaisant à lire, d’autant plus qu’il n’y a aucun temps mort. Une chose est certaine, le livre ne fera pas long feu entre vos mains !

  J’avoue que j’avais un peu peur quant à la manière dont l’auteur traiterait de la LSF. À décrire une langue uniquement visuelle, elle risquait vite de tomber dans le lourd ou l’artificialité. Mais non. Finalement, il y a très peu de descriptions de signes. Elle parle de la manière d’apprendre une langue, du sentiment qu’on peut avoir à voir des personnes signer, rapporte des conversations, etc. Bref, elle partage une expérience d’apprentissage de langue, et on y croit ! Certes, on n’apprend pas de signes, mais là n’est pas l’intérêt du livre. Et puis, on apprend tout de même plusieurs choses sur la LSF. Personnellement, je ne m’attendais pas à apprendre quoi que ce soit avec cette lecture, mais je me suis pourtant couchée moins bête après ce livre. J’ai appris des petites anecdotes auxquelles je ne m’attendais vraiment pas, et sur ce point le livre a été une vraie surprise !

  Pour ce qui est de l’histoire, elle est vraiment plaisante à lire. Le format court du livre permet à l’intrigue de filer au bon rythme ; rien n’est hâté, rien ne traîne en longueur. Il est vrai qu’il ne se passe pas grand-chose d’extraordinaire et que l’histoire est plutôt banale (une fillette qui n’aime pas l’école reprend plaisir à l’apprentissage), mais en même temps, c’est le but même de cette collection : donner voix au collégien lambda. L’auteur arrive très bien à refléter les sentiments d’une enfant de 14 ans, et j’ai souvent retrouvé la jeune moi dans ces pages. La peur de l’école, l’impression d’un gouffre qui sépare les adultes de ces jeunes, le sensation d’être perdu, les premiers émois amoureux, les amis (anciens ou nouveaux), tout cela est transmis avec justesse, justement grâce à la voix de Nine.

  En effet, comme je l’ai déjà dit, l’histoire est raconté par Nine, collégienne mal dans sa peau. Le style utilisé reflète cette parole et met des sentiments sur chaque « petit quelque chose » qui se passe. Le personnage de Nine est donc parfaitement bien exploité. Elle est une fille comme les autres, avec ses peurs et ses envies, ses qualités et ses défauts, et c’est vraiment facile de s’attacher à elle. Le tout petit bémol que l’on pourrait émettre est le fait que les autres personnages sont en retrait par rapport à elle, mais c’est logique en fin de compte. Elle raconte l’histoire, ne connaît pas les pensées des autres personnages, et puis, le livre est court, il aurait été donc difficile de les développer de manière cohérente à la narration. Cependant, tous les personnages qui gravitent autour de Nine sont attachants : ses parents, Ulysse, Marion, Noah…

  Finalement, le livre met l’accent sur les sentiments de la fillette : malaise scolaire, béguin amoureux et découverte d’une passion (la LSF). Autant le dire tout de suite, ces trois thèmes sont très bien exploités. Ce sont des points sur lesquels on peut facilement glisser dans la facilité et les clichés, mais heureusement, ici il n’en est rien. Les sujets sont traités non comme des problèmes / situations mais comme faisant part de la vie de l’héroïne, et pour cela, ils semblent vrais. Les passions sont très bien décrites, et on n’a aucun mal à imaginer ces émotions, à ressentir ce que l’on nous décrit.

  Je crois qu’il est assez évident que j’ai apprécié ce livre, tant pour son histoire que pour la manière dont elle est racontée.Voilà un roman à mettre entre les mains d’un collégien -voir d’un futur collégien. Il s’y retrouvera forcément et passera, en prime, un bon moment !


« En cours d’anglais, j’ai pensé à ça : aux langues. Comment passer d’une langue à l’autre, comment les apprendre. Finalement, avec l’anglais, c’est facile. On peut lire, écrire, mémoriser comme n’importe qu’elle matière. »

« La LSF, c’est comme toutes les langues. Quand on apprend, on peut se planter et dire des choses énormes sans s’en apercevoir. Alors il vaut mieux en rire. »


17/20

Super agréable !